Rencontre avec la coopérative Boboyaka (Bègles)

Boboyaka : une coopérative d’habitants pour « vieillir ensemble et autrement » à Bègles (33)

Gabrielle et moi avons profité d’un passage à Bordeaux le samedi 16 septembre pour assister à la fête de rentrée de Boboyaka, une association qui vient de se constituer en coopérative d’habitants à Bègles. Une cinquantaine de personnes étaient présentes : les coopérateurs, leurs soutiens, et des « postulants » pour les appartements disponibles.

Tous les projets d’habitat participatif ont leur spécificité. Celui-là est original à plus d’un titre. Voilà ce que j’ai compris de Boboyaka.

Historique

L’idée de ce projet remonte à 2007. Un groupe d’amis (de plusieurs villes entre Bordeaux et Toulouse) réfléchit au moyen de vieillir ensemble, autrement, sans aller en maison de retraite ni devenir dépendants de leurs enfants ou être isolé dans le maintien à domicile. Une association est constituée en 2009. Plusieurs années sont consacrées à finaliser le projet, rechercher un terrain, travailler avec un architecte.

Finalement, le choix s’arrête sur un terrain à Bègles, proposé par Bordeaux Métropole.

En 2014, le projet est affiné lors de rencontres avec Chamarel, une réalisation d’habitat participatif à Vaux-en-Velin, qui partage la même problématique du vieillissement.

→ Sur Chamarel et la rencontre du 5 avril 2014 : http://onvaulxmieuxqueca.ouvaton.org/spip.php?article3909

→ Une autoprésentation du projet et de son histoire est ici : https://www.observatoire33.fr/une-s%C3%A9lection-d-articles/partager/partager-pas-si-facile/boboyaka/

La formation de la coopérative, l’état de la programmation, les cooptations

Une coopérative est constituée en juin 2017 avec le nom « Boboyaka La Castagne ». La Castagne est simplement le nom du quartier où se trouve le terrain…

Les coopérateurs ont entre 60 et 80 ans. Le droit d’entrée dans la coopérative est de 20 000 euros par personne. Il y a une minorité de couples. Il n’y a pas d’enfants. Le niveau des retraites situe la majorité dans le créneau PLS.

Il y a 17 appartements (pour 21 personnes, autolimite fixée pour un lieu de vie à taille humaine), 2 studios destinés à des séjours temporaires de jeunes (étudiants, stagiaires, travailleurs), un bâtiment indépendant pour être loué à une microcrèche. Les espaces partagés comportent 3 chambres d’amis, une salle polyvalente, un salon, un jardin partagé, une cuisine / cellier, le bureau de la coopérative… La programmation n’est pas encore figée.

Pour compléter la coopérative, lors de réunions d’information (comme celle du 16 septembre) ou par le bouche-à-oreille, des personnes peuvent se porter candidates. Un postulant est intégré au travail du groupe pendant une période d’observation réciproque de 6 mois, au bout de laquelle il peut être coopté comme coopérateur. Il y a actuellement 3 postulants.

L’objectif est de déposer un permis de construire avant le 31 décembre 2017.

Montage financier et organisationnel

La métropole bordelaise, propriétaire du terrain, le cède avec un abattement de 20% sur l’estimation du prix par les Domaines, dans le cadre d’une politique favorable à l’habitat participatif.

Le montage financier comprend des prêts de la Caisse des dépôts pour des logements PLS (12 sur les 17), cautionnés à 100% par Bordeaux Métropole (délibération à venir en novembre), et contre cautionnés par le COL (une coop HLM) concernant le rachat éventuel de logements. Il y a aussi des prêts de la caisse vieillesse (CARSAT). Et des prêts « libres ».

Le COL intervient comme AMO en phase de conception, comme portage financier pour les premières dépenses, comme caution, et sous contrat de promotion immobilière pour la construction de l’immeuble.

Un fonds de solidarité sera mis en place pour garantir le paiement des redevances.

La coopérative est également accompagnée par At coop, branche régionale de la Fédération Française des Coopéraves Habicoop (FFCH) dont Boboyaka est membre (comme CoopSVP).

Pourquoi une coopérative pour « bien vieillir » ?

Boboyaka porte évidemment les mêmes valeurs que les autres projets d’habitat participatif et de coopérative : solidarité, partage, ouverture sur la cité, antispéculation… Plus précisément, Boboyaka insiste sur le sens de la solidarité pour vieillir ensemble : « maintien dans la structure de chaque membre du groupe, et ce jusqu’à la fin de sa vie et quelque soit son état de santé ». Le groupe insiste encore sur la participation à la vie de la cité, l’engagement sur les problèmes de l’écologie et de la citoyenneté, sur la résistance à la marchandisation du monde et sur la laïcité.

Le choix de former une coopérative d’habitants est encore peu fréquent dans l’habitat participatif. La majorité des projets d’habitat participatif se font en auto promotion, avec une dominante d’accession sociale portée par un bailleur social pour les projets récents.

Pour Boboyaka, une coopérative est la forme la mieux adaptée à la problématique du vieillissement. Outre le rejet de la spéculation immobilière, la coopérative permet une propriété collective, et facilite la transmission du modèle conçu par les « pionniers ». Elle facilite la maîtrise des coûts et la mise en place de procédures d’entraides financières. « Par la pratique de l’autogestion, de la mutualisation des savoirs et des compétences et des moyens, elle soutient le principe d’une vieillesse inventive, la culture du libre arbitre, l’autonomie »

Un projet spécifique

→ Avant tout, c’est un projet pour « vivre ensemble pour vieillir mieux et autrement ». Il n’y a pas de mixité générationnelle parmi les coopérateurs. La création d’un « centre de ressources et de recherche sur le vieillissement » est prévue.

→ Il ne s’agit pas d’un projet reposant sur une impulsion municipale (comme La Ruche, aussi à Bègles) ni sur un bailleur social. C’est un projet d’initiative citoyenne, d’un groupe d’amis.

→ La coopérative est maître d’ouvrage en totalité.

→ Les membres du groupe, à l’origine, habitent dans différentes villes, avant de se poser à Bègles.

→ La mixité générationnelle est seulement assurée par la présence des studios et de la micro-crèche

Les studios peuvent éventuellement évoluer vers l’hébergement de soignants.

→ La mixité sociale reflète celle des fondateurs : niveau PLS (en majorité) et libres. Il n’y a pas eu de recours à un bailleur social au sein de la coopérative pour aller vers davantage de mixité.

Plein vœu de succès pour la dernière ligne droite du projet

Patrick (CoopSVP)

Note

Il y a d’ailleurs un certain scepticisme dans Boboyaka sur la possibilité offerte par la loi ALUR, en principe, d’accueillir un bailleur social au sein d’une coopérative, mais qui ne lui semble pas encore suffisamment sécurisée par les décrets d’application (il en manque).

CoopSVP a fait le choix inverse, d’une mixité sociale interne à la coopérative, conformément à la loi ALUR appuyée par la participation d’un bailleur social à la hauteur de 30% dans la coopérative